EcoLLM
Claude pour les collectivités : comment l’acheter, le déployer et l’encadrer
Vos agents utilisent déjà Claude, souvent avec un compte personnel, et votre direction générale demande maintenant une réponse : peut-on l’acheter, comment, et à quelles conditions ?
Cette page rassemble les questions qu’un DGS, un DSI, un DPO ou un chef de projet IA se pose avant de mettre Claude entre les mains de ses agents, et les réponses que nous avons observées, en particulier dans un Département qui l’a déployé pour environ deux cents utilisateurs.
Elle ne remplace ni la documentation d’Anthropic ni l’avis de votre service juridique ; elle vous donne l’ordre des questions à traiter et les réponses observées à la date de rédaction.
EcoLLM est une assistance à maîtrise d’ouvrage sur tout système d’IA générative. Nous évaluons toutes les solutions du marché, de Claude à Dict.ai en passant par Mistral, ChatGPT, Copilot, DelibIA ou Linagora, et nous n’en portons que certaines à prix coûtant.
Cette page parle de Claude parce que c’est l’outil le plus demandé par les agents et le plus rapide à mettre sur étagère, pas parce qu’il conviendrait à tous les cas d’usage d’une collectivité. Le choix final se fait cas d’usage par cas d’usage, selon le coût, la souveraineté et l’impact environnemental.
Pourquoi les agents demandent Claude, et pourquoi l’exclure d’office est un biais
Les dispositifs proposés aux collectivités répondent à des usages précis. Ils ne répondent pas à la demande la plus fréquente des agents : un assistant généraliste.
Dans la plupart des dispositifs mis à la disposition des collectivités, les assistants généralistes américains sont absents : les marchés existants sont portés par des éditeurs français qui packagent des modèles ouverts ou des API publiques pour des usages précis, comme la rédaction de délibérations ou l’instruction de dossiers. Ces solutions ont une vraie valeur.
Mais elles ne répondent pas à la demande d’un assistant capable de rédiger, synthétiser, analyser un tableau, préparer une note ou construire un petit outil. Quand cette demande n’est pas instruite, elle ne disparaît pas : elle se déplace vers des comptes personnels gratuits, hors de toute charte, et devient du Shadow AI.
Nous avons nous-mêmes commis ce biais, en pensant d’abord proposer aux collectivités une solution maison à base de logiciel libre. Écarter Claude, ChatGPT ou Copilot sans les avoir expérimentés est une erreur de méthode du même ordre que ne proposer qu’eux.
Une assistance à maîtrise d’ouvrage sérieuse permet d’expérimenter dès le premier jour l’outil le plus demandé, avec un cadre, puis de choisir par cas d’usage. Claude se prête bien à ce rôle de premier outil parce qu’il est disponible en quelques jours, sans intégration, avec une console d’administration suffisante pour une expérimentation encadrée.
Par quel canal une collectivité peut-elle acheter Claude ?
C’est la première question bloquante, et elle est rarement documentée.
À notre connaissance, à la date de rédaction, il n’existe pas de marché UGAP, Resah ou de centrale d’achat régionale permettant de commander des licences Claude sur catalogue. Vérifiez ce point à la date de lecture auprès de votre centrale d’achat habituelle, car l’offre évolue vite.
En pratique, les collectivités qui ont déployé Claude l’ont fait de deux manières.
Par régie d’avances
Achat direct auprès d’Anthropic, par carte bancaire : le régisseur règle l’abonnement dans la limite du plafond fixé par l’ordonnateur, et le comptable public reprend ensuite la dépense. Le Département dont nous relayons l’expérience a dû faire relever le plafond de sa régie pour couvrir une année. Cette voie suppose une régie existante, un régisseur volontaire et une trésorerie qui accepte une facture en dollars ou en euros hors taxes selon les cas.
Par achat direct sous le seuil
Sans publicité ni mise en concurrence préalables, en dessous du seuil de dispense de procédure du code de la commande publique, dont le montant est à vérifier à la date de lecture. Elle nécessite un fournisseur capable d’émettre une facture acceptable par la collectivité et, le cas échéant, d’être référencé dans Chorus Pro.
Une troisième voie consiste à confier les licences à l’assistant à maîtrise d’ouvrage pendant la durée de l’expérimentation, la licence devenant un véhicule d’expérimentation et non un produit acheté. Cette formule appelle une analyse juridique que nous faisons conduire ; en attendant, nous vous aidons à identifier le canal d’achat adapté à votre situation, à la taille de votre expérimentation et à vos règles internes.
Quel plan choisir : Team, Enterprise ou Government ?
Pour une expérimentation de six à douze mois, le plan Team suffit. Le passage à Enterprise est un livrable de l’AMO, pas un point de départ.
Le plan Team s’achète en ligne, se paie par carte, se gère depuis une console d’administration et convient à une expérimentation de quelques dizaines de sièges. Le plan Enterprise se contractualise avec Anthropic ou un partenaire, ajoute l’authentification unique, le provisionnement automatique des comptes, des journaux d’audit et des paramètres de sécurité plus fins ; il s’adresse à un déploiement généralisé.
L’offre destinée aux administrations, présentée par Anthropic sous le nom Claude for Government, vise à la date de rédaction le secteur public américain et ne constitue pas un canal pour une collectivité française. Le contenu exact de chaque plan, ses prérequis et son nombre minimal de sièges changent régulièrement : vérifiez-les sur le site d’Anthropic à la date de lecture.
Le passage à Enterprise se justifie quand le nombre d’utilisateurs nominatifs, les exigences d’audit de votre DPO ou l’intégration à votre annuaire l’imposent. Il faut arriver à ce moment avec des cas d’usage mesurés, une charte appliquée et un chiffrage consolidé.
Comptes nominatifs ou comptes partagés par direction ?
C’est le choix qui détermine à la fois le coût, la gouvernance et la position du DPO.
Comptes nominatifs
Une licence par agent : traçabilité individuelle, conversations privées, mais un coût proportionnel à l’effectif et une phase de sélection des bénéficiaires souvent conflictuelle. C’est le modèle cible d’un déploiement généralisé.
Comptes partagés par direction
Un compte générique par direction, dont les identifiants sont remis à des référents : plusieurs centaines d’agents avec quelques dizaines de licences. Le Département dont nous relayons l’expérience a retenu ce modèle : une vingtaine de licences Team, un compte par direction, environ deux cents utilisateurs et une trentaine de référents.
Le modèle partagé a des contreparties qu’il faut assumer. Les conversations d’une direction sont visibles par tous ceux qui partagent le compte, ce qui interdit d’y traiter des situations individuelles ; la traçabilité est celle de la direction, pas de l’agent ; les conditions d’utilisation d’Anthropic sur le partage d’identifiants sont à vérifier à la date de lecture. Nous le considérons comme un modèle d’expérimentation, adapté à la phase où l’on cherche les cas d’usage, et non comme le modèle cible.
Console d’administration et prompt système d’organisation
C’est dans la console que se prennent les décisions de la charte, et dans le prompt système qu’elles se rappellent à l’agent au moment de l’usage.
La console d’administration du plan Team permet d’inviter et de retirer des membres, de suivre l’usage, de gérer la facturation et d’activer ou de désactiver certaines fonctions pour l’ensemble de l’organisation, dont les connecteurs vers des services tiers. Dans ce Département, la DSI gère les comptes et la facturation, et une cellule opérationnelle de trois personnes, soit un peu plus d’un équivalent temps plein, gère les connecteurs, les compétences partagées et le suivi de l’usage.
Claude permet aussi de définir des instructions qui s’appliquent à toutes les conversations d’un espace de travail. Une collectivité y inscrit ce que l’outil doit rappeler ou refuser : demander confirmation qu’aucune donnée personnelle n’est présente, répondre en français administratif, citer ses sources, signaler quand une question relève d’un service juridique ou d’un médecin.
Ce texte n’est pas un dispositif de sécurité, un agent peut le contourner, mais c’est un rappel permanent de la charte au moment de l’usage, et l’un des premiers livrables que nous rédigeons avec vous.

Que doit contenir la charte
Une charte d’usage tient en une douzaine de clauses. Claude en éclaire quatre de façon concrète.
Données
Quelles catégories peuvent être soumises à l’outil, lesquelles ne le peuvent jamais (santé, situations individuelles d’usagers, sécurité), et comment on anonymise avant de soumettre. Ce Département a ajouté une extension de navigateur qui affiche un rappel avant tout envoi à un outil d’IA, et un outil d’anonymisation local.
Cowork
Claude agit sur les fichiers et les applications d’un poste de travail. C’est la fonction la plus transformatrice pour un agent non technique, et celle qui pose le plus de questions de sécurité. Le Département l’a interdite sur le réseau et ne l’autorise que sur une machine hors réseau, avec une ouverture progressive envisagée.
Claude Code
Permet de produire du logiciel. La charte peut réserver cette fonction à des sachants, au motif que du code mis en production doit être relu par quelqu’un capable de le comprendre.
Claude in Chrome
Permet à l’outil de naviguer et d’agir dans le navigateur. Le Département l’a autorisé, sous le rappel de la clause sur les données.
Ces décisions, autoriser, encadrer ou interdire, se prennent fonction par fonction, et se revoient tous les six mois parce que les fonctions changent.
Quelle position pour le DPO, et où sont hébergées les données ?
Le DPO ne valide pas un outil, il valide un dispositif.
Beaucoup de DPO de collectivités s’opposent par principe à toute solution en mode SaaS d’un éditeur non européen. Cette position est compréhensible et elle n’est pas un obstacle définitif. Dans le Département dont nous relayons l’expérience, le déploiement est devenu possible par un ensemble de mesures : une charte, une formation obligatoire, des référents par direction, une page intranet de référence et une communication mensuelle sur les usages.
Sur le fond, les éléments à réunir sont les suivants. Anthropic est une société de droit américain ; pour les offres professionnelles, les données soumises ne sont pas utilisées pour entraîner les modèles par défaut, et un accord de traitement des données est proposé. La localisation des traitements, les sous-traitants, la durée de conservation et le mécanisme de transfert invoqué au titre du chapitre V du RGPD sont à lire dans la documentation contractuelle d’Anthropic à la date de lecture, car ils évoluent.
Pour les cas d’usage qui passent par l’API plutôt que par l’interface de chat, les modèles Claude sont également accessibles via des fournisseurs cloud disposant de régions européennes, ce qui change l’analyse. Le règlement européen sur l’IA impose par ailleurs une obligation de formation des utilisateurs, applicable depuis février 2025 ; la charte et la formation des référents y répondent. Une analyse d’impact relative à la protection des données peut être nécessaire selon les traitements envisagés ; c’est au DPO d’en décider, et c’est plus facile quand les cas d’usage sont décrits précisément.
Comment mesurer l’impact environnemental de Claude ?
Une collectivité qui déploie de l’IA générative doit pouvoir dire ce qu’elle consomme, au même titre qu’elle rend compte de son parc informatique.
Trois ressources existent. Compar:IA, service public porté par le ministère de la Culture, permet de comparer les réponses de plusieurs modèles et affiche une estimation de leur consommation énergétique ; c’est un support de formation efficace pour les référents. Le référentiel général pour l’IA frugale, publié par l’AFNOR, fournit des bonnes pratiques que nous avons documentées une à une sur ce site. Enfin, nous portons sur Claude.ai l’extension de navigateur de suivi carbone que nous avons développée pour notre propre assistant, afin que chaque référent puisse voir l’empreinte de ses usages ; nous cherchons des collectivités pour l’expérimenter.
La mesure n’a de sens que rapportée au programme entier. Une collectivité qui utilise une solution par cas d’usage additionne plusieurs éditeurs, plusieurs facturations et plusieurs empreintes que personne ne consolide. C’est ce pilotage global de la frugalité, coûts et carbone, qui distingue une assistance à maîtrise d’ouvrage d’un revendeur de licences. Nous le détaillons sur la page consacrée à l’AMO IA.
Combien coûte Claude pour 200 agents ?
Nous n’affichons pas de tarif, parce que les prix d’Anthropic changent. Le raisonnement, lui, est stable.
En modèle nominatif, le coût annuel est le prix d’un siège Team multiplié par le nombre d’agents équipés, soit pour deux cents agents un montant qui dépasse le plafond d’une régie d’avances et entre dans le champ d’une procédure d’achat. En modèle partagé par direction, le même effectif s’équipe avec une vingtaine de sièges, ce qui divise le coût par un facteur proche de dix et le ramène, dans le cas du Département dont nous relayons l’expérience, à quelques milliers d’euros par an, réglés par régie.
À ce coût de licences s’ajoutent des coûts que l’on oublie : le temps de la cellule qui administre l’outil, la formation des référents, et surtout la maintenance des outils que les agents finissent par construire. Le bon indicateur n’est donc pas le prix de la licence mais le coût par agent et par an du programme d’IA de la collectivité, toutes solutions confondues, mis en regard du temps gagné sur des cas d’usage mesurés. Nous préparons un calculateur qui permet cette comparaison entre licences nominatives, comptes partagés et portage par un AMO.
De l’expérimentation à l’industrialisation
L’expérimentation produit vite des résultats, et c’est là que commence le vrai sujet.
Ce Département a formalisé un cycle en cinq temps pour chaque cas d’usage.
Expression de besoin
Une heure à une heure et demie avec la direction demandeuse, enregistrée et transcrite.
Construction
Un à deux mois : compétence partagée dans Claude, petite application locale ou appel d’API.
Démonstration
Puis itérations avec la direction.
Test
En conditions réelles, sur un périmètre restreint.
Déploiement
Avec les référents de la direction.
Une revue de presse automatisée construite ainsi fait gagner environ trois quarts d’heure par jour à deux attachées de presse.
Au bout de quelques mois, la collectivité se retrouve avec une dizaine de petites applications qui tournent sur des postes individuels, sans hébergement, sans sauvegarde et sans responsable identifié. C’est la pièce manquante de la plupart des programmes : la maintenance et l’hébergement des outils issus de l’expérimentation, sur un serveur unique et sous la responsabilité de la DSI. Anticiper cette étape dès le cadrage, en décidant qui héberge, qui maintient et à partir de quel usage un outil bascule en application métier, est ce qui évite de recréer du Shadow IT à partir du Shadow AI qu’on venait de résorber.
Retour d’expérience : un Département de deux cents utilisateurs
Ce que représente aujourd’hui, en ordre de grandeur, le déploiement de Claude dans le Département dont nous avons recueilli le retour d’expérience, décrit de façon anonyme.
Gouvernance
Une cheffe de projet IA rattachée à la direction générale porte le programme ; il n’y a pas de DSI en titre, c’est un directeur général adjoint qui pilote l’informatique. Une cellule de trois personnes pour l’administration et la construction des cas d’usage.
Licences et comptes
Une vingtaine de licences Team achetées par régie, un compte générique par direction, environ deux cents utilisateurs et une trentaine de référents.
Charte
Cowork interdit sur le réseau, Claude Code non promu, Claude in Chrome autorisé. Une extension de navigateur de rappel avant tout prompt et un outil d’anonymisation local.
DPO et suite
Un DPO initialement opposé, convaincu par le dispositif plus que par l’outil. Un outil de transcription acheté sur le même modèle de comptes partagés. Et une question ouverte : l’hébergement des applications nées de l’expérimentation.
D’après ce retour comme d’après nos propres échanges, la plupart des collectivités sont sur Copilot ; celles qui ont choisi Claude sont encore rares, et elles se posent exactement ces questions.
Questions fréquentes
Peut-on acheter Claude via l’UGAP ?
À notre connaissance, non, à la date de rédaction. Les collectivités qui l’ont déployé ont acheté directement auprès d’Anthropic, par régie d’avances ou par achat direct en dessous du seuil de dispense de procédure, à vérifier à la date de lecture.
Faut-il une licence par agent ?
Non pour expérimenter : un compte par direction, géré par des référents, permet d’ouvrir l’outil à plusieurs centaines d’agents avec quelques dizaines de licences. Oui, à terme, pour un déploiement généralisé avec traçabilité individuelle, ce qui suppose généralement un plan Enterprise.
Le DPO peut-il accepter un outil hébergé par une société américaine ?
Cela dépend des traitements envisagés et du dispositif qui les encadre : charte, formation, référents, anonymisation, cas d’usage décrits. Les données soumises aux offres professionnelles ne servent pas à entraîner les modèles par défaut ; la localisation et le mécanisme de transfert sont à vérifier dans la documentation contractuelle à la date de lecture.
Faut-il interdire Cowork et Claude Code ?
Il faut décider fonction par fonction. Une pratique observée : Cowork limité à un poste hors réseau pendant l’expérimentation, Claude Code réservé aux sachants, Claude in Chrome autorisé avec rappel des règles sur les données. La décision se revoit tous les six mois.
Combien de temps faut-il pour démarrer ?
Quelques jours pour ouvrir un plan Team une fois le canal d’achat identifié ; quelques semaines pour la charte, la formation des référents et le prompt système d’organisation. C’est l’expérimentation elle-même, sur des cas d’usage mesurés, qui prend des mois.
EcoLLM ne travaille-t-il qu’avec Claude ?
Non. Nous accompagnons les collectivités sur tout système d’IA générative et nous évaluons l’ensemble du marché. Nous ne portons de licences que pour certains éditeurs, à prix coûtant, et nous choisissons avec vous solution par solution, cas d’usage par cas d’usage.
Cadrer votre expérimentation
Si vos agents demandent Claude, ou si votre direction générale vous demande une position, trente minutes suffisent pour poser le canal d’achat, le modèle de comptes, les fonctions à ouvrir et les premiers cas d’usage à mesurer. Nous arrivons déjà outillés pour que l’expérimentation démarre dès le premier jour de l’accompagnement.
30 min pour cadrer votre expérimentation IA