Cowork et Claude Code en collectivité : à quelles conditions ?

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Outils agentiques

Cowork et Claude Code en collectivité : à quelles conditions ?

Par Jérémie Zarka — 2 octobre 2026 — 15 minutes de lecture

Jusqu’ici, la question posée aux collectivités portait sur un assistant qui répond. On ouvre une fenêtre de conversation, on écrit une demande, on lit un texte, et c’est l’agent qui décide ce qu’il en fait. Les outils dont il est question ici ne répondent pas : ils agissent. Ils ouvrent des fichiers, en écrivent d’autres, enchaînent des étapes, lancent des commandes sur une machine et rendent un résultat déjà fabriqué.

Ce déplacement, qui paraît mince, change entièrement la nature de la décision. Tant que l’outil répond, la question est de savoir ce qu’il a le droit de voir. Dès qu’il agit, la question devient ce qu’il a le droit de faire, sur quelle machine, avec quelles données, et sous quelle validation humaine. Ce sont quatre questions d’emploi, et aucune d’elles n’est une question de fonctionnalité. C’est pourquoi cet article ne décrit pas ce que ces outils savent faire : il décrit à quelles conditions on les emploie dans une administration.

Notre position

EcoLLM est une assistance à maîtrise d’ouvrage sur tout système d’IA générative. Nous évaluons toutes les solutions du marché, de Claude à Dict.ai en passant par Mistral, ChatGPT, Copilot, DelibIA ou Linagora. Notre rémunération est celle de la prestation d’assistance : elle ne varie pas avec la solution que vous retenez, et nous n’intervenons pas comme intégrateur de la solution que nous avons aidé à choisir. Quelle qu’elle soit, nous vous aidons à identifier le canal d’achat adapté à votre situation.

Cet article nomme deux outils parce que ce sont ceux dont les collectivités nous parlent, et parce qu’ils sont aujourd’hui les plus avancés sur ce terrain. Les conditions d’emploi décrites ici ne leur sont pas propres : elles valent pour tout outil qui agit sur des fichiers ou sur une machine, quel qu’en soit l’éditeur, et plusieurs éditeurs en proposeront d’ici peu.

Ce qui change quand l’outil agit

Trois ruptures, et elles ne sont pas de degré. Un outil agentique n’est pas un assistant plus puissant : c’est un autre objet d’encadrement, dont les trois notions sur lesquelles reposent les chartes existantes — le périmètre, la relecture, la trace — changent de contenu.

Le périmètre n’est plus ce que l’agent a écrit. Dans une fenêtre de conversation, les données qui parviennent à l’outil sont celles que l’agent a saisies ou déposées. Il les a vues passer, il peut les décrire, et une charte peut lui demander de ne pas y mettre certaines catégories d’informations. Un outil agentique, lui, travaille sur un dossier. Le périmètre devient tout ce que ce dossier contient, y compris ce dont l’agent a oublié la présence : l’ancien export de la base des administrés, le classeur de suivi d’un collègue parti, les pièces jointes d’un dossier instruit l’an dernier. La question « qu’avez-vous mis dans l’outil ? » cesse d’avoir une réponse fiable, et il faut la remplacer par « sur quel dossier l’avez-vous fait travailler ? ».

Le résultat n’est plus relu avant d’être utilisé. Un texte produit dans une conversation est lu, corrigé et recopié par l’agent : la relecture est dans le geste. Un outil qui écrit directement un fichier, renomme une série de documents ou met à jour un tableau produit un résultat déjà en place. La relecture devient un geste séparé, qu’il faut vouloir, et que la commodité de l’outil pousse justement à ne pas faire. C’est sur ce point précis que les chartes existantes sont le plus démunies : elles demandent de vérifier ce que l’IA produit, ce qui suppose un moment où l’on vérifie, et ce moment a disparu.

La trace n’est plus une conversation. Dans une console d’administration, on retrouve des échanges. Avec un outil agentique, ce qui compte s’est passé sur la machine : des fichiers ouverts, des fichiers écrits, parfois des commandes exécutées. Le journal utile n’est plus celui de l’éditeur mais celui du poste, et aucune collectivité que nous rencontrons ne l’a prévu. Nous verrons plus loin que la réponse réaliste n’est pas de tout journaliser, mais de restreindre le terrain de jeu pour que le journal devienne inutile.

Le test en une question

Pour savoir si un outil relève de cet article plutôt que de la page sur le déploiement d’un assistant, une seule question suffit : à la fin de la tâche, quelque chose a-t-il changé ailleurs que dans la fenêtre de l’outil ? Si un fichier a été créé, modifié, déplacé, ou si une commande a tourné, c’est un outil qui agit, et il s’encadre comme tel.

Deux outils, deux métiers, deux publics

Les deux noms circulent souvent ensemble, parfois comme deux niveaux du même produit. Ce n’est pas le cas, et les confondre conduit à la plus fréquente des erreurs de cadrage : réserver aux informaticiens un outil qui est fait pour les autres.

Premier outil

Celui qui travaille sur des fichiers et des tâches

Il s’adresse à un agent qui ne programme pas. Son matériau, ce sont des documents : des pièces à consolider, des tableaux à recouper, une série de fichiers à transformer, un dossier à mettre en forme. Il arrive dans l’organisation par la demande d’un agent qui a déjà l’assistant et qui découvre qu’il peut lui confier le travail de manipulation plutôt que de le faire lui-même.

Le public concerné est donc large : administration générale, ressources humaines, finances, communication, instruction de dossiers — tous les métiers où le temps part dans la reprise de fichiers plutôt que dans la décision. C’est aussi pour cette raison que c’est l’outil le plus structurant des deux, et le plus mal compris : on le classe spontanément du côté de l’informatique alors que son public est celui des directions métier.

La question qui décide : peut-on lui désigner un dossier de travail restreint, et refuser l’accès au reste du poste et des lecteurs réseau ?

Second outil

Celui qui travaille dans un terminal, sur du code

Il s’adresse à quelqu’un qui sait lire ce qu’il produit. Son matériau, c’est une base de code, un script, une automatisation. Il arrive par la direction des systèmes d’information, ou par un agent isolé qui développe déjà de petits outils pour son service — figure plus répandue dans les collectivités qu’on ne l’imagine, et souvent hors de tout cadre.

Le public est étroit, et c’est précisément ce qui le rend plus simple à encadrer : une charte peut légitimement réserver cet outil à des agents en capacité de relire du code, et cette règle est compréhensible par tous. Un Département dont nous relayons l’expérience l’a écrite exactement ainsi, en posant dans sa charte que le code reste produit par des sachants ; la règle a tenu, parce qu’elle ne prive personne de ce dont il a besoin.

La question qui décide : qui relit ce qui est produit, et où ce qui est produit va-t-il vivre après la fin de la tâche ?

L’erreur de cadrage la plus courante consiste à traiter les deux ensemble, sous une ligne unique de la charte, du type « les outils d’IA agissant sur les systèmes sont réservés à la direction des systèmes d’information ». Cette ligne a l’air prudente. Elle produit en réalité deux effets : elle bloque l’outil dont les directions métier ont l’usage le plus immédiat, et elle n’empêche pas son installation, puisqu’il s’active dans un abonnement que l’agent possède déjà. Nous avons décrit ce mécanisme ailleurs : un refus sans alternative ne supprime pas l’usage, il le rend invisible. Le même Département a constaté l’installation de l’outil sur des postes où sa charte ne l’autorisait pas, et il l’a su par les statistiques d’usage de sa propre console — ce qui est, dans l’ordre des mauvaises nouvelles, la meilleure version possible : la collectivité a découvert l’écart chez elle, avant que quiconque ne le découvre pour elle.

Les quatre questions d’emploi

Voici le cœur de l’article. Ces quatre questions remplacent, pour un outil qui agit, la discussion habituelle sur les fonctions et les garanties de l’éditeur. Elles s’écrivent dans une note de cadrage et se vérifient sur le poste, pas dans une documentation commerciale.

1. Qui

Non pas « quel grade » ni « quelle direction », mais : qui est en capacité de relire ce que l’outil produit, et d’en répondre. Pour l’outil qui travaille sur des fichiers, la capacité requise est métier : savoir si le tableau consolidé est juste, si la liste est complète, si le document dit ce que le service voulait dire. Elle existe dans toutes les directions, et elle ne coïncide pas avec la maîtrise informatique. Pour l’outil qui travaille sur du code, la capacité requise est technique, et la restreindre est légitime.

La conséquence pratique est qu’une collectivité a besoin de deux règles, pas d’une. Et qu’elle gagne à les écrire en termes de capacité de relecture, qui est vérifiable, plutôt qu’en termes de périmètre organisationnel, qui vieillit mal et se contourne à la première réorganisation.

2. Sur quelle machine

C’est la question la plus déterminante, et la plus souvent omise. Un outil agentique installé sur le poste courant d’un agent a potentiellement accès à tout ce que ce poste atteint : le disque local, les lecteurs réseau montés, les dossiers synchronisés, les espaces partagés auxquels l’agent a droit. Les droits de l’outil sont ceux de l’agent, ce qui semble rassurant jusqu’au moment où l’on regarde l’état réel des habilitations dans une collectivité qui a connu plusieurs réorganisations sans revue des accès.

Trois dispositions existent, par ordre de prudence décroissante. Une machine dédiée, hors du réseau de production, sur laquelle on dépose la matière de la tâche et dont on récupère le résultat : c’est le choix du Département dont nous relayons l’expérience, qui a réservé l’outil à un poste administré par sa direction informatique et détaché du réseau. Un poste courant avec un périmètre de travail explicitement restreint, l’outil n’ayant accès qu’à un dossier désigné, les lecteurs réseau étant démontés pendant la session. Un poste courant sans restriction, qui n’est pas une disposition mais l’absence de disposition.

La première coûte une machine et un peu de friction, et permet de commencer tout de suite, y compris sur des cas d’usage que les arbitrages juridiques n’ont pas encore couverts. C’est le meilleur rapport entre ce qu’on apprend et ce qu’on risque, et c’est pour cela que nous la recommandons pour toute première expérimentation.

3. Avec quelles données

Pour un outil qui travaille sur un dossier, la réponse à cette question n’est pas une liste de catégories de données autorisées : c’est le contenu effectif du dossier. Le geste d’encadrement consiste donc à constituer le dossier de travail, et non à instruire l’agent sur ce qu’il peut y mettre. On copie dans un dossier dédié les seules pièces nécessaires à la tâche, on y fait travailler l’outil, et on en sort le résultat. Ce qui n’est pas dans le dossier n’est pas dans le périmètre, et cela se vérifie en regardant le dossier.

Quand la matière contient des données à caractère personnel ou des éléments couverts par un secret, le sas d’anonymisation est la réponse qui permet de ne pas attendre. Un outil local qui remplace les noms, les identifiants, les montants et les dates par des jetons avant que la matière n’entre dans le dossier de travail laisse la tâche s’exécuter sur une matière neutralisée, et le résultat se réassocie ensuite. Ce dispositif, que nous utilisons en mission, n’est pas une exigence réglementaire déguisée : c’est ce qui permet à une expérimentation de démarrer en semaine deux plutôt qu’au trimestre suivant.

4. Avec quelle validation humaine

Un outil qui agit doit rencontrer un geste humain avant toute opération qu’on ne sait pas défaire. La distinction utile n’est pas entre les actions importantes et les actions mineures, qui est affaire d’appréciation, mais entre ce qui est réversible et ce qui ne l’est pas. Lire un fichier, écrire un nouveau fichier, produire un tableau : réversible, la validation peut être une relecture après coup. Écraser un fichier existant, supprimer, renommer en série, envoyer un message, écrire dans une application métier : irréversible ou visible de l’extérieur, la validation doit précéder.

Cette règle s’écrit en trois lignes dans une note de cadrage et elle est comprise immédiatement, parce qu’elle recouvre une pratique administrative ordinaire. Elle a un corollaire que les collectivités adoptent spontanément dès qu’on le formule : on travaille sur une copie. Un dossier de travail est une copie du dossier de référence, et le résultat est reversé par une personne. Cela supprime d’un coup la plus grande partie du risque, sans rien interdire.

Note de cadrage

Qui

Deux règles distinctes, écrites en capacité de relecture : métier pour l’outil qui travaille sur des fichiers, technique pour celui qui travaille sur du code.

Note de cadrage

Quelle machine

Machine dédiée hors réseau pour commencer. À défaut, poste courant avec dossier de travail désigné et lecteurs réseau démontés pendant la session.

Note de cadrage

Quelles données

Le dossier de travail est le périmètre. On y copie les seules pièces utiles. Sas d’anonymisation quand la matière est sensible.

Note de cadrage

Quelle validation

Geste humain avant toute opération irréversible ou visible de l’extérieur. Travail sur copie, reversement par une personne.

Le point aveugle : ce que l’agent laisse derrière lui

C’est le sujet dont personne ne parle, et c’est celui qui décidera si ces outils produisent de la valeur durable ou une dette interne. Un outil agentique ne produit pas seulement des réponses : il produit des objets qui continuent d’exister après la fin de la tâche.

Un agent qui dispose d’un tel outil ne s’arrête pas à la consolidation d’un tableau. Au bout de quelques semaines, il a fabriqué une petite application pour son service : un formulaire qui alimente un suivi, un outil de revue de presse, un tableau de bord qui recoupe deux exports. Cela fonctionne, cela fait gagner un temps réel, et c’est très exactement ce qu’on attendait de l’outil. Le Département dont nous relayons l’expérience en a produit plusieurs, dont une qui fait gagner près d’une heure par jour à deux agents.

Et c’est là que la question se pose, parce que ces objets n’ont pas de propriétaire. Ils vivent sur le poste de leur auteur. Personne ne les a recensés, personne ne les maintient, personne ne sait ce qui se passe quand l’auteur change de service, quand le format d’un export change, ou quand l’application se met à produire un résultat faux sans le dire. Dans la collectivité en question, la formulation entendue est que l’hébergement et la maintenance de ces applications sont « la pièce manquante » — et le constat vaut bien au-delà d’elle.

Nous en tirons une recommandation qui surprend parfois, parce qu’elle semble prématurée : décider où vivront ces objets avant d’ouvrir l’outil, et non après. Concrètement, trois décisions, qui tiennent dans une page et qu’on ne peut pas prendre rétroactivement sans un gros travail de reprise.

Décision 1

Un registre

Tout objet produit par un outil agentique et utilisé par plus d’une personne est inscrit sur une liste tenue par la direction informatique : ce qu’il fait, qui l’a fait, quelles données il lit, qui l’utilise.

Décision 2

Un lieu

Un serveur ou un espace unique où ces objets sont déposés et exécutés, plutôt que le poste de leur auteur. C’est la décision la plus coûteuse à prendre tard.

Décision 3

Un seuil de reprise

Un critère écrit à partir duquel un objet cesse d’être un bricolage utile et devient une application à reprendre dans les règles : nombre d’utilisateurs, nature des données, caractère de l’usage dans un processus de décision.

Ces trois décisions ne freinent pas l’expérimentation, et c’est l’essentiel : elles n’ajoutent aucune autorisation préalable et ne demandent à personne de patienter. Elles organisent seulement ce qui, sans elles, s’accumulera pendant dix-huit mois avant de devenir un sujet d’audit.

Pourquoi un compte partagé ne convient pas

Beaucoup de collectivités ont ouvert leur premier déploiement sur des comptes partagés par direction, pour des raisons que nous comprenons et que nous avons détaillées ailleurs. Cette disposition, acceptable pour un assistant qui répond, cesse de l’être pour un outil qui agit.

La raison tient en une phrase. Un compte partagé casse le lien entre une personne et un acte ; or ici l’acte n’est plus l’envoi d’une question, c’est l’écriture d’un fichier. Quand le résultat de la tâche est un document faux reversé dans un dossier de service, savoir que l’opération a été conduite depuis le compte d’une direction ne sert à rien : ce qu’il faut pouvoir reconstituer, c’est qui a lancé la tâche, sur quelle matière, et qui a relu le résultat.

S’y ajoute un point plus concret. Un outil agentique travaille avec les droits de la session sur laquelle il tourne. Sur un compte partagé, cette session est celle d’un collectif, dont les droits sont par construction l’union de ce dont ses membres ont besoin — c’est-à-dire plus que ce dont chacun a besoin. Le périmètre de données accessible à l’outil cesse de coïncider avec les habilitations de la personne qui l’emploie, exactement comme pour les connecteurs.

D’où la règle que nous posons, dans le prolongement de celle que nous avions énoncée pour les connecteurs : pas d’outil agentique sur un compte partagé. Elle n’oblige pas une collectivité à basculer tout son déploiement en comptes nominatifs, ce qui serait une autre décision avec ses propres difficultés. Elle dit seulement que l’expérimentation agentique se mène sur un petit nombre de comptes nominatifs dédiés, ce qui est compatible avec un déploiement partagé par ailleurs, et ce qui est de toute façon ce que la machine dédiée impose en pratique. Nous consacrons un article entier à ce que le choix du modèle de comptes change pour le délégué à la protection des données.

Ce que la charte doit dire, et ce qu’elle ne doit pas dire

Une charte d’IA écrite en 2025 ou au début de 2026 ne dit rien de ces outils, et c’est normal. La tentation est alors d’ajouter une ligne d’interdiction, en attendant d’y voir plus clair. C’est le geste qui coûte le plus cher.

Notre modèle de charte traite les fonctions une à une plutôt que les outils globalement, avec un réexamen périodique, et c’est précisément pour ce genre de situation que cette structure a été retenue. Une charte qui nomme des outils doit être rouverte à chaque mouvement du marché, c’est-à-dire plusieurs fois par an, et chaque réouverture suppose de repasser devant les instances. Une charte qui nomme des fonctions — produire du texte, manipuler des fichiers, écrire du code, agir sur un système — absorbe l’arrivée d’un outil nouveau sans être modifiée, et la liste des outils autorisés vit dans une annexe que l’administration met à jour.

Ce qu’une charte gagne à dire sur les outils qui agissent se ramène aux quatre questions d’emploi, plus les trois décisions sur les objets produits. Soit, en pratique : la capacité de relecture exigée, le type de machine, la règle du dossier de travail, le geste humain avant une opération irréversible, et le registre des objets produits.

Ce qu’elle gagne à ne pas dire, c’est une interdiction générale sans délai d’instruction. Nous l’avons écrit dans notre modèle sous une forme un peu sèche : on n’interdit pas sans proposer d’alternative, et toute demande d’outil reçoit une réponse motivée dans un délai écrit. Appliqué ici, cela donne une règle simple à tenir : l’outil n’est pas ouvert à tous, une demande peut être déposée, elle est instruite en un temps annoncé, et un refus dit pourquoi. Sans cela, l’outil s’installe quand même, et la collectivité l’apprend par ses statistiques d’usage — dans le meilleur des cas.

Quatorze articles, en accès libre, avec pour chacun un texte type et un commentaire. L’article 5 traite les fonctions une à une ; l’article 3 porte le délai d’instruction.

Expérimenter sans ouvrir en grand

La bonne échelle d’une première expérimentation agentique n’est pas celle d’un déploiement d’assistant. On ne cherche pas l’adoption, on cherche à savoir si la tâche visée tient, et ce que l’outil laisse derrière lui. Huit semaines suffisent, et trois agents aussi.

Le choix de la tâche décide de tout. Une bonne tâche candidate a quatre propriétés : elle est pénible, elle est répétée, son résultat est vérifiable par celui qui la fait, et elle porte sur des fichiers que l’on peut copier dans un dossier dédié. La reprise d’une série d’exports hétérogènes en un tableau unique, la préparation d’un dossier à partir de pièces éparses, la mise en forme d’un rapport long à partir de contributions : ces tâches cochent les quatre cases. À l’inverse, une tâche dont personne ne sait dire si le résultat est juste n’apprend rien, et une tâche qui touche à un système en production n’est pas une tâche d’expérimentation.

Le protocole est volontairement pauvre. Une machine, administrée, hors réseau de production. Trois agents volontaires, sur des métiers différents, avec des comptes nominatifs dédiés. Un dossier de travail par tâche, constitué par copie. Un journal tenu par les agents eux-mêmes : la tâche, le temps qu’elle prenait avant, le temps qu’elle a pris, ce qui a dû être corrigé, et ce qui a été produit et qui va continuer d’exister. Ce dernier point est celui qu’on oublie, et c’est le seul qui renseigne sur la dette que l’on crée.

Ce qu’on en attend à huit semaines n’est pas un avis favorable ou défavorable : c’est une décision motivée et datée sur trois points. Quelles tâches confier à un outil qui agit, et lesquelles ne pas lui confier. Quelle disposition de machine retenir pour la suite. Et où vivront les objets produits. Avec ces trois réponses écrites, une collectivité peut passer à l’échelle sans rejouer la discussion de départ, et c’est exactement ce que nous appelons arriver déjà outillé.

Un point d’achat

Pour une expérimentation de cette taille, la dépense est faible et relève le plus souvent d’un achat simple ; le code de la commande publique prévoit une dispense de procédure pour les achats de faible montant, dont le seuil est à vérifier à la date de lecture, à condition de ne pas fractionner artificiellement un besoin récurrent. La machine dédiée, elle, existe presque toujours déjà. Nous détaillons les voies d’achat dans un article consacré à l’achat d’un assistant d’IA générative.

La frugalité d’un outil qui travaille longtemps

Ici, l’approche habituelle de la sobriété numérique est mise à l’épreuve. Comparer des outils à la requête n’a plus grand sens quand une seule demande déclenche une longue série d’opérations. Il faut changer d’unité.

Une tâche confiée à un outil agentique n’est pas une question posée dans une fenêtre de conversation : c’est un enchaînement de nombreuses étapes, dont chacune mobilise le modèle. L’ordre de grandeur du coût, budgétaire comme environnemental, n’est donc pas celui d’un échange, et le raisonnement à la requête conduit à des conclusions fausses dans les deux sens. On surestime le coût si l’on compte une tâche comme une question, et on le sous-estime très largement si l’on continue de raisonner avec les repères de l’assistant conversationnel.

L’unité qui a du sens est la tâche aboutie, comparée à ce qu’elle coûtait avant. Une reprise de fichiers qui occupait un agent une demi-journée et qui s’exécute en quelques minutes a un bilan favorable, même avec un coût unitaire plus élevé, parce que le terme de comparaison n’est pas une question posée à un assistant mais une demi-journée de travail humain et les outils qu’elle mobilisait. Une tâche relancée onze fois parce que la consigne était mal écrite a un bilan défavorable, et c’est la formation qui le corrige, pas le choix de l’outil.

Le second niveau est le même que pour les licences d’assistant, et il est encore plus net ici : un droit d’accès payé et inutilisé est un gaspillage budgétaire et environnemental, et le pilotage consiste à mesurer l’usage réel plutôt qu’à compter les accès ouverts. Pour un outil agentique, l’usage réel se mesure en tâches abouties, ce qui suppose que quelqu’un les compte — raison supplémentaire de tenir le journal de l’expérimentation. Notre calculateur de coût d’un programme d’IA générative, qui sépare le coût par accès ouvert du coût par agent réellement actif, s’applique sans changement à ce cas.

Alors, faut-il y aller ?

Oui, et pas comme on a ouvert l’assistant. Ce n’est pas une position prudente de façade : les deux gestes n’ont pas la même forme, et confondre les deux est la seule vraie erreur.

Un assistant conversationnel s’ouvre largement et s’encadre par une charte, parce que sa valeur vient du nombre d’agents qui s’en servent et que son risque principal est ce qu’ils y saisissent. Un outil agentique se mène à l’inverse : peu d’agents, un périmètre étroit, une machine désignée, et un encadrement qui porte sur la machine et sur ce qui en sort plutôt que sur le comportement de l’utilisateur. Sa valeur ne vient pas du nombre d’utilisateurs mais du nombre de tâches pénibles qu’il fait disparaître, et une collectivité qui en traite trois sérieusement a plus de résultat qu’une collectivité qui ouvre l’outil à deux cents personnes sans dossier de travail ni registre.

Trois règles d’ordre, pour finir, qui valent mieux qu’une recommandation d’outil. Commencer par la tâche, jamais par l’outil : une tâche pénible, répétée, vérifiable. Décider où vivront les objets produits avant d’ouvrir, parce que c’est la seule décision qu’on ne peut pas prendre après. Et ouvrir par le haut des capacités de relecture plutôt que par le haut de la hiérarchie, ce qui conduit souvent à commencer dans une direction métier et non à la direction informatique.

Ce que nous ne dirons pas

Nous ne dirons pas qu’un de ces outils est meilleur que l’autre : ils ne font pas le même travail et ne s’adressent pas aux mêmes agents. Nous ne dirons pas qu’un outil agentique est réservé aux informaticiens, parce que c’est faux pour celui qui travaille sur des fichiers et parce que cette règle, appliquée, prive les directions métier de ce dont elles ont le plus besoin. Et nous ne dirons pas qu’il faut attendre que le cadre soit stabilisé : une expérimentation sur une machine dédiée, avec trois agents et un dossier de travail, se mène pendant que les arbitrages se font, et elle les instruit.

Nos ressources sur ce sujet

Trois documents en accès libre sur notre page Ressources servent directement un cadrage d’outils agentiques. Le modèle de charte IA traite les fonctions une à une, ce qui permet d’absorber l’arrivée de ces outils sans réadopter la charte. Le modèle de CCTP d’assistance à maîtrise d’ouvrage contient une fiche de cas d’usage utilisable telle quelle pour qualifier une tâche candidate. Et la grille comparative des solutions d’IA générative permet de poser les mêmes questions à plusieurs éditeurs, en consignant la date de chaque réponse.

Questions fréquentes

Un outil agentique est-il un outil de développeur ?

L’un des deux, oui, et il est légitime de le réserver à des agents capables de relire du code. L’autre travaille sur des fichiers et des tâches de bureau, et son public naturel est celui des directions métier : administration générale, ressources humaines, finances, communication, instruction de dossiers. Les traiter sous une règle unique conduit à bloquer celui dont l’usage est le plus immédiat tout en n’empêchant pas son installation.

Faut-il l’interdire tant que la charte n’est pas à jour ?

Une interdiction sans délai d’instruction ni alternative ne supprime pas l’usage, elle le déplace hors de la vue de l’administration — c’est le mécanisme du Shadow AI, et il se vérifie ici plus vite qu’ailleurs, l’outil s’activant dans un abonnement que l’agent possède déjà. La disposition qui tient est l’inverse : pas d’ouverture générale, mais une expérimentation cadrée sur une machine dédiée, avec un circuit de demande dont le délai de réponse est écrit.

Peut-on employer un outil agentique sur un compte partagé ?

Nous ne le recommandons pas. Un compte partagé casse le lien entre une personne et un acte, et ici l’acte est l’écriture d’un fichier, non l’envoi d’une question ; par ailleurs les droits d’un compte collectif sont l’union des besoins de ses membres, de sorte que le périmètre accessible à l’outil cesse de coïncider avec les habilitations de celui qui l’emploie. Un petit nombre de comptes nominatifs dédiés suffit, et reste compatible avec un déploiement partagé par ailleurs.

Qui maintient les petites applications produites par ces outils ?

C’est la question à trancher avant d’ouvrir l’outil, et non après. Sans décision, ces objets vivent sur le poste de leur auteur, sans propriétaire, sans recensement et sans maintenance, et ils deviennent un sujet d’audit dix-huit mois plus tard. Trois décisions suffisent : un registre tenu par la direction informatique, un lieu unique où ces objets sont déposés et exécutés, et un seuil écrit à partir duquel un objet est repris dans les règles.

Comment tracer ce que l’outil a fait ?

Le journal utile n’est pas celui de l’éditeur, qui enregistre des échanges, mais celui de la machine, qui enregistre des fichiers ouverts et écrits. Plutôt que de chercher à tout journaliser, la disposition réaliste consiste à restreindre le terrain de jeu : un dossier de travail constitué par copie, et un geste humain avant toute opération irréversible. Ce qui n’est pas dans le dossier n’a pas pu être touché, et cela se vérifie en regardant le dossier.

Faut-il passer un marché pour expérimenter ?

Pour une expérimentation de quelques comptes sur quelques semaines, la dépense est faible et relève le plus souvent d’un achat simple ; le code de la commande publique prévoit une dispense de procédure pour les achats de faible montant, dont le seuil est à vérifier à la date de lecture, et un besoin récurrent ne se découpe pas en petits achats pour rester sous ce seuil. Pour la suite, un marché à procédure adaptée ou un accord-cadre à bons de commande permet de couvrir plusieurs éditeurs.

Est-ce que cela remplace une solution métier ?

Non, et les deux ne se comparent pas. Sur une tâche stable, répétée et partagée par de nombreux agents, une solution métier apporte un cadre, une reprise par son éditeur et une continuité que ne donne pas un objet fabriqué en interne. Un outil agentique est d’abord ce qui permet de savoir, en quelques semaines et à faible coût, si une tâche mérite d’être outillée — et donc ce qui permet d’écrire un besoin juste avant d’acheter.

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